mardi, décembre 18, 2018
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Un GPS pour mieux diagnostiquer et soigner le cancer du poumon

Un GPS pour mieux diagnostiquer et soigner le cancer du poumon
Un GPS pour mieux diagnostiquer et soigner le cancer du poumon
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Une nouvelle technologie fait son entrée en France pour diagnostiquer et soigner le cancer du poumon : un “GPS” appelé « navigation intra-bronchique électromagnétique ». Pour explorer jusqu’au plus profond des bronches et traiter les tumeurs les plus périphériques, cet appareil promet de faire des miracles. La parole au Pr Jalal Assouad, chef de service de Chirurgie Thoracique et Vasculaire de l’Hôpital parisien de Tenon qui accueille l’une des deux machines françaises.

Cancer du poumon : un nouvel examen diagnostic non invasif

L’un des problèmes récurrents dans les maladies thoraciques est celui du diagnostic. Comment en effet distinguer, sur un scanner du thorax, un cancer broncho-pulmonaire d’une tuberculose ou d’une métastase d’un autre cancer ? Un inconvénient majeur de l’examen actuel par endoscopie (exploration en passant par l’intérieur d’un organe) appelé ici “bronchoscopie” surgit : les outils “bronchoscopes” standards ne permettent pas d’explorer les bronches d’un diamètre inférieur à 4 mm ! C’est pourquoi, lorsque la bronchoscopie ne peut trancher, la référence pour réaliser un diagnostic de cancer pulmonaire reste la “ponction biopsie sous scanner”. Ce prélèvement effectué grâce à une aiguille au travers de la paroi thoracique est un examen invasif qui expose à un risque de pneumothorax (présence anomale d’air entre les deux feuillets de la plèvre, la membrane thoracique recouvrant les poumons).

La nouvelle technique de GPS du poumon ou navigation électromagnétique* permet de se passer de la ponction sous scanner. Elle utilise un champ électromagnétique autour du thorax pour localiser la position exacte du capteur et le visualiser sur le moniteur, sous forme d’images 3D.

Elle utilise pour cela :

  • Une sonde GPS introduite dans un fibroscope capable d’atteindre les nodules (cancéreux ou non) les plus périphériques.
  • Un logiciel de reconstruction fusionnant les images des bronchoscopies réelles et virtuelles reconstruites par un logiciel à partir du scanner thoracique.

Pr Jalal Assouad : « Concrètement, sur l’ordinateur, le chirurgien va positionner la cible virtuelle sur la lésion à biopsier. Le chemin le plus court est alors calculé automatiquement, de la trachée jusqu’à la lésion via la bronche la plus proche. La sonde trouvera seule son chemin jusqu’à la cible/tumeur. Une fois celle-ci atteinte, la sonde GPS est retirée pour laisser place à la pince à biopsie ».

GPS intra-bronchique : une aide à la chirurgie thoracique mini-invasive et à la radiothérapie ultra-ciblée

Ce GPS intra-bronchique ne répond pas uniquement à un besoin diagnostique mais s’avère une aide précieuse en cas de vidéo chirurgie thoracique ; il s’agit d’une chirurgie mini-invasive sous vidéo développée dans le service de chirurgie thoracique à Tenon.

En effet, certaines tumeurs, des nodules pulmonaires dits “en verre dépoli” sont inabordables par biopsie sous scanner et difficilement repérables en cours de vidéo chirurgie. D’où l’intérêt de la nouvelle technique : une fois la sonde GPS au contact de la lésion, une aiguille permet d’y injecter de l’encre, marqueur de localisation préalable à l’intervention chirurgicale. Ensuite, les chirurgiens n’ont plus qu’à prélever la zone teintée.

Cette technique peut être aussi un préalable à un traitement par radiothérapie en 3D (stéréotaxique) voire par radio chirurgie robotisée** pour une radiothérapie ultra-ciblée. Pour obtenir des marges les plus précises possibles, des fiduciaires c’est à dire des fils métalliques à mémoire de forme, aujourd’hui posés sous scanner, vont grâce à la sonde GPS être placés à trois endroits autour de la lésion à l’intérieur de petites bronches pour la circonscrire précisément. Cela permet ainsi une radiothérapie qui épargne les tissus sains alentours.

Pr Jalal Assouad : « Un autre avantage de la navigation électromagnétique pour le patient est le regroupement des examens en une seule intervention, sous anesthésie générale courte : fibroscopie avec biopsies bronchiques, ponction diagnostique de la lésion par navigation intra-bronchique voire une échographie endo-bronchique. Ces examens sont réalisés actuellement de façon séparée et espacée ».

L’avenir du traitement des tumeurs pulmonaires

Il reste un dernier champ d’application et non le moindre. Lorsque le malade ne peut être opéré du fait de contre-indications cardiaques ou pulmonaires par exemple, les chirurgiens thoraciques privilégient la radiothérapie ou la radiofréquence (micro-ondes). Cette nouvelle technique ouvre enfin un accès aux tumeurs les plus périphériques : l’introduction de la sonde GPS dans la bronche et positionnée au centre de la tumeur permettrait d’y délivrer un traitement local par radiofréquences, par cryothérapie ou au moyen de nouvelles énergies.

Dr Denis Debrosse, chirurgien thoracique à l’hôpital Tenon : « Cette technique possède un vrai potentiel, avec les promesses à court terme du traitement mini-invasif des tumeurs, chez les patients non opérables. Une application thérapeutique imminente ».

A noter : Le service de chirurgie thoracique de l’hôpital Tenon est le second centre européen à pratiquer la navigation intra-bronchique électromagnétique sous le contrôle supplémentaire d’un mini-scanner, un atout essentiel pour optimiser les résultats.

 

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