lundi, novembre 19, 2018
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Savez-vous décrypter les pleurs de bébé ?

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Les pleurs sont des moyens d’expression qui marquent aussi les différentes phases du développement de bébé. Conseils du Pr Marcel Rufo, pédopsychiatre.

Il existe différents types de pleurs que les parents apprennent à reconnaître au fur et à mesure. Dans son ouvrage “Élever bébé”, le Pr Marcel Rufo détaille la vie de l’enfant, de sa première semaine à ses 6 ans, et nous livre ses conseils pour mieux décrypter les pleurs de bébé. Au cours du premier mois du nourrisson, “les parents mettent une intentionnalité dans ces pleurs en les associant bien souvent aux douleurs. Ils se disent que le lait est trop riche, qu’il lui fait mal au ventre… ils relient les pleurs à l’alimentation et à la douleur, comme si l’enfant digérait mal. En fait il s’agit plutôt d’un mode de communication du bébé. Il vocalise, cela fait partie de ses manifestations psychosomatiques, c’est une émanation du corps”, explique le pédopsychiatre.

Comment évoluent les pleurs ? Par la suite, les pleurs sont associés à une anxiété, car on laisse son bébé seul. Le bébé comprend que ses parents le prennent dans leurs bras lorsqu’il pleure. C’est donc pour lui un moyen de relation intense. Pleurer lui sert à être partenaire de ses parents. Les pleurs s’organisent vers le deuxième semestre de vie de l’enfant : on voit alors apparaître les troubles du sommeil, préparés par l’intentionnalité que les parents ont mis dans les pleurs de leur enfant. Cela continue avec une période particulière : les terreurs nocturnes, entre 1 et 2 ans : l’enfant a les yeux grand ouverts et a l’air terrorisé, c’est une préforme des rêves. Vers 18 mois le bébé va également décliner les peurs de l’enfance : peur du vide, peur des gros animaux, peur d’être dévoré… D’ailleurs c’est à ce moment qu’il commence à pouvoir mettre des mots, il peut dire “a peur”.”

Les pleurs du soir

Certains bébés manifestent des pleurs en forme de “mélopée douce” : ils n’ont pas besoin d’être pris ou câlinés : la présence de leur mère suffit à les rassurer. D’autres ont de vraies crises de larmes : il faut toujours répondre aux cris de bébé. N’hésitez pas à lui parler, à le caresser, à lui tenir les mains ou si cela ne suffit pas, à le bercer, en commençant par une prise de contact verbale et en opérant toujours avec douceur. “Le soir, l’enfant n’est plus porté, or comment supporter de n’être plus dans les bras quand on y est souvent dans la journée ?”, note le Pr Rufo. “Quand l’enfant pleure pour être aux bras, il faut des stratégies de détachement douces. Pour calmer ces pleurs, on a donc tout intérêt à parler au bébé : il comprend la prosodie, c’est-à–dire la musicalité de la langue. On peut dire à son bébé : “maintenant c’est l’heure de se coucher, je suis tranquille à l’idée de te laisser, on se revoit demain matin”. C’est le côté transitionnel de la voix qui rassure lé bébé. C’est l’élément qui fait qu’il va pouvoir se détacher. La mère se réassurant sur la situation rassure aussi son bébé. La chanson des mots est un vecteur extraordinaire”.

Les cris de faim

Il est composé d’un son strident, suivi d’une inspiration et est accompagné d’un court sifflet puis d’une période de silence.

Les cris de colère

Les bébés peuvent avoir plusieurs timbres, qui dépendent de la force avec laquelle l’air passe dans les cordes vocales. Mais ils sont toujours “très aigus et difficiles à supporter sur le plan acoustique”.

Les pleurs liés à la douleur

La mère le reconnaît souvent : un premier cri, un silence, une inspiration puis une série de cris expiratoires.

Le cri de frustration

C’est une variante de celui de la douleur. Il se caractérise par un cri suivi d’un long sifflement inspiratoire et il se répète. Vous l’observez par exemple si vous ôtez à l’enfant son biberon.

Les cris de plaisir

Il s’agit d’un cri assez fort, d’une sorte de cri de joie : “D’ailleurs, la mère le sent bien et ne s’y trompe pas”, note le professeur. “Elle sait que son enfant ne pleure pas. On peut par exemple observer ce cri dans le cas des allaitements prolongés”.

Les caprices du nourrisson

Les caprices du nourrisson apparaissent vers l’âge de 18 mois. “Et là, il faut savoir dire non, et ne pas tenir de discours paradoxaux comme on peut en entendre parfois, du type “mon petit chéri, c’est non, tu n’as pas le droit de faire ça”. L’enfant ne retient alors que “mon petit chéri” ! Il faut de la fermeté et dire simplement “non, c’est interdit”‘, conseille le Pr Rufo. Par ailleurs, comment réagir lorsque son enfant fait un caprice dans un magasin, une salle d’attente ou chez des amis ? “Il se roule par terre ? On ne cède pas ! Si l’on trouve gênant qu’il y ait du monde, l’attitude à adopter est au contraire de les prendre à témoins en leur demandant de vous rendre service en n’intervenant pas.”

Le spasme du sanglot

Le spasme du sanglot se caractérise par des pleurs incontrôlés et des hoquets violents. Quand la crise atteint son paroxysme, l’enfant devient bleu, ses yeux se révulsent et il perd sa respiration. La manifestation peut aller jusqu’à la perte de connaissance, l’espace d’un instant. En général, de telles crises sont provoquées par une angoisse, une douleur ou une frustration et a toujours pour cible une personne à laquelle l’enfant est attaché. Le spasme du sanglot est plus impressionnant que grave, l’enfant reprend en général connaissance sans intervention particulière.

Que faire dans le cas d’un spasme du sanglot ? “Un spasme du sanglot peut survenir vers les 18 mois de l’enfant” analyse le Pr Rufo”. “Il devient violet puis perd connaissance et la respiration reprend dans un souffle impressionnant. Cela arrive parfois quand il manifeste son caractère, au cours d’un caprice ! C’est donc un signe de progrès (il s’affirme), mais l’enfant s’oppose alors en somatisant, ce qui crée l’arrêt respiratoire. Dans ce cas, il faut lui tapoter le dos puis le caresser doucement quand la respiration reprend et surtout, ne pas s’affoler, car l’enfant pourrait avoir peur et repartir dans un spasme. C’est un peu comme avec une crise d’épilepsie : il faut que l’enfant reprenne contact, qu’il recrée du lien avec ce qu’il y a autour de lui. C’est pourquoi il faut être très calme”.

Faut-il consulter quand une crise survient ? “Le spasme du sanglot n’est pas grave. Mais cela vaut quand même la peine d’emmener l’enfant en consultation, juste pour faire un diagnostic différentiel et s’assurer que l’enfant ne souffre pas en réalité d’une autre pathologie comme l’épilepsie, ou un problème cardiaque”.

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