mardi, décembre 18, 2018
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J’ai peur du dentiste !

J’ai peur du dentiste
J’ai peur du dentiste
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Plus d’un français sur deux a peur du dentiste et est anxieux face aux soins bucco-dentaires. Certains sont même prêts à annuler leur rendez-vous au dernier moment ou pire, à ne jamais consulter un dentiste. Notre experte, Marie-Claire Hugly, chirurgien-dentiste et psychologue comportementaliste, nous explique ce phénomène, devenu un véritable enjeu de santé publique.

Pourquoi a-t-on peur du dentiste, plus que des autres médecins ?

« Quand on confie notre bouche au dentiste, on met en quelque sorte notre vie entre ses mains ! », explique Marie-Claire Hugly, chirurgien-dentiste et psychologue comportementaliste.

En effet, la bouche est l’organe du corps le plus investi en symboles psychologiques : il y passe le premier cri mais aussi le dernier souffle, on s’en sert pour s’alimenter, pour respirer, pour communiquer… La bouche est également associée à la beauté et à l’érotisme.

La dentition, quant à elle, est représentative de l’évolution d’une personne : les dents de lait sont présentes jusqu’à l’âge de l’entrée à l’école primaire, puis la dentition mixte prend le relais jusqu’à l’entrée au collège, et à partir de la majorité, ce sont les dents de sagesse qui apparaissent ! Puis, en vieillissant, on perd ses dents l’une après l’autre jusqu’à sa mort… De plus, le dentiste a longtemps eu une représentation iconographique négative : on l’a longtemps vu dans les livres ou au cinéma tel un « arracheur de dents sadique », utilisant des outils barbares et empêchant ses patients de bouger. En voyant ces images, certaines personnes peuvent développer, de manière consciente ou inconsciente, la peur du dentiste par peur d’avoir mal.

Peur du dentiste : quelles conséquences sur la santé ?

La peur du dentiste est une des causes des problèmes de santé bucco-dentaire, car elle a un impact direct sur la fréquence des consultations et sur l’hygiène buccale. Or, une santé bucco-dentaire défaillante peut être à l’origine de nombreuses pathologies systémiques telles que des infections pulmonaires ou oculaires, des atteintes digestives, rénales ou cardiovasculaires (risque accru d’infarctus, d’AVC et d’infections de l’endocarde). Plusieurs études récentes tendent également à prouver que les maladies parodontales pourraient être à l’origine d’un diabète ou encore d’un risque d’accouchement prématuré pour les femmes enceintes. De plus, une mauvaise santé bucco-dentaire peut rendre difficile la mastication, ce qui peut conduire à l’exclusion de certains aliments et à des carences alimentaires, facteurs d’apparition de certaines pathologies.

D’un point de vue psychique, la peur du dentiste, si on la laisse s’installer, peut évoluer en s’empirant : d’une simple inquiétude en amont d’un rendez-vous, on peut passer à une vraie crise d’anxiété, voire une attaque de panique totalement paralysante. Le trouble anxieux est alors installé, c’est la phobie… Il est donc essentiel d’apprendre à repérer la peur du dentiste et à la prendre en charge dès les premiers symptômes.

Comment ne plus avoir peur de son dentiste ?

Pour se rassurer, il faut savoir que les soins dentaires, de nos jours, sont devenus quasiment indolores, grâce entre autre aux techniques d’anesthésie efficaces.

Si toutefois vous appréhendez votre passage chez le dentiste, le premier réflexe à avoir est de lui parler sans aucune honte de vos peurs. Gérer les angoisses des patients fait partie du quotidien de l’exercice des chirurgiens-dentistes, qui sont de plus en plus sensibilisés à leur prise en charge. Dès le début du rendez-vous, n’hésitez pas à exprimer ce qui pourrait vous aider à surmonter votre peur : mettre de la musique, demander des explications sur les techniques ou les appareils utilisés, pouvoir faire signe au praticien à tout moment pendant les soins…

Ensuite, prenez bien le temps de vous installer sur le fauteuil le plus confortablement possible et détendez vos mâchoires et les muscles de votre corps : si le dentiste doit faire une anesthésie, elle sera d’autant plus efficace car se diffusera mieux.

En amont du rendez-vous, vous pouvez effectuer une petite séance de relaxation pour arriver plus détendu(e).

Vous pouvez aussi tout à fait avoir recours aux médecines douces pour calmer votre appréhension. En homéopathie, sucez toute une dose globules de Gelsenium 9 ou 15 CH avant de partir chez le dentiste ou 5 granules la veille du rendez-vous, le matin et dans la salle d’attente.

En aromathérapie, excepté chez les femmes enceintes et les enfants de moins de 7 ans, vous pouvez appliquer deux gouttes d’huile essentielle de lavande fine sur la face interne du poignet et frictionner avec l’autre poignée tout en respirant profondément les odeurs qui se dégagent. A faire avant votre rendez-vous et/ou au moment de vous installer sur le fauteuil du praticien. N’hésitez pas à demander conseil à votre pharmacien ou à votre dentiste.

Comment ne pas transmettre sa peur du dentiste à son enfant ?

Le stress se transmet très rapidement à un enfant. Il peut donc être préférable que ce soit le parent qui n’a pas peur du dentiste qui accompagne son enfant au rendez-vous. Dans tous les cas, il faut prendre sur soi et toujours utiliser des termes positifs lorsqu’on parle des soins dentaires à un enfant. Par exemple, ne jamais dire « N’aie pas peur, tu n’auras pas mal », car l’enfant ne retiendra que les mots « peur » et « mal », mais plutôt « Tu as de très belles dents, que tu brosses bien, dont tu prends soin, le dentiste va donc être fier de toi ! ». De même, il ne faudra pas lui dire « Si tu manges trop de bonbons, tu auras des caries, le dentiste va te gronder », mais « Je te donne un bonbon parce que je sais que tu te laves bien les dents après ».

Faire aimer les consultations chez le dentiste commence à la maison, où il est bon d’appliquer les principes du renforcement positif qui vont inciter l’enfant à se sentir fier de prendre soin de sa bouche et à le rendre responsable de son hygiène bucco-dentaire. Pour cela, on peut lui proposer de regarder ses dents dans un miroir, de jouer avec, le féliciter après un bon brossage, lui raconter l’histoire et l’évolution de sa dentition… Le but est de lui faire aimer sa bouche.

De plus, on peut l’habituer dès le plus jeune âge aux soins de la bouche en nettoyant ses gencives et ses premières dents avec une compresse humide. Ainsi, il ne risquera pas de trouver les soins du dentiste trop intrusifs lors de sa première visite.

Quels moyens les dentistes ont-ils pour calmer la peur de leurs patients ?

Les chirurgiens-dentistes doivent faire preuve d’empathie, d’écoute et de pédagogie avec leurs patients. Il est toujours mieux d’expliquer et d’informer en restant positif que d’avoir une attitude répressive et culpabilisatrice.

En 2017, un programme d’ampleur national appelé « J’aime mon dentiste » va être déployé pour apporter des réponses concrètes et faciles à mettre en œuvre, aussi bien pour le patient que pour le chirurgien-dentiste. Les éléments de formation et d’information de ce programme destinés au chirurgien-dentiste ont pour objectif de l’aider à repérer un patient anxieux, évaluer son niveau d’anxiété et l’accompagner dans sa prise en charge. Il dispose pour ce faire d’une page internet dédiée contenant un module de formation interactif, des vidéos pédagogiques et de multiples informations. Chaque dentiste participera à un serious game en ligne, avec à la clef un bilan commenté et un coaching personnalisé.

Pour le patient, un questionnaire sera remis dans la salle d’attente avant la consultation, afin de recueillir son ressenti sur le cabinet dentaire, sur le déroulement de ses rendez-vous (ambiance, musique, personnel, accueil…) et les améliorations à prévoir. Il permettra d’évaluer le niveau d’anxiété de chaque patient grâce au calcul d’un score qui servira à déterminer la solution adaptée pour remédier à la situation. Le simple fait d’exprimer ses sentiments va déjà avoir une action bénéfique sur l’anxiété du patient.

Et si malgré tout, j’ai encore trop peur de consulter mon dentiste ?

Si le stress est vraiment trop installé ou trop ancien, vous pouvez consulter un psycho-odontologue, chirurgien-dentiste ayant une formation complémentaire en psychologie. Ce praticien vous proposera, au cas par cas, une thérapie cognitivo-comportementale afin de vous désensibiliser et vous réconcilier avec les soins dentaires. Pour cela, le psycho-odontologue utilise plusieurs techniques dans sa prise en charge, comme l’hypnose ou la relaxation.

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