lundi, novembre 19, 2018
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Grossesse : prendre soin de ses jambes, c’est vital

Grossesse : prendre soin de ses jambes, c’est vital
Grossesse : prendre soin de ses jambes, c’est vital
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Une grossesse, c’est neuf mois de joie, de symptômes plus ou moins gênants mais aussi une période à risque d’insuffisance veineuse et surtout – on l’oublie trop souvent- de phlébite voire d’embolie pulmonaire. C’est la seconde cause de décès maternel. Pour la prévenir, toutes les femmes enceintes devraient adopter un geste simple : enfiler des chaussettes de compression de classe 2. Pendant la grossesse, prendre soin de ses jambes, c’est prendre soin de sa santé.

800 000 femmes enceintes exposées au risque veineux

La grossesse est une période à haut risque veineux. En effet, le sang coagule plus facilement afin de limiter les hémorragies lors de l’accouchement. Cette hypercoagulabilité peut engendrer de potentiels caillots (thrombus) dans les membres inférieurs. Les veines ont tendance à se relâcher et à se dilater sous l’effet des hormones, rendant les valvules (clapets anti-retour veineux) moins efficaces. Et plus la grossesse avance, plus le fœtus compresse le retour veineux vers le cœur.

Le risque veineux comprend l’insuffisance veineuse mais aussi la maladie thromboembolique veineuse dont toutes les femmes enceintes devraient se préoccuper. Leurs jambes sont exposées au risque de thrombose veineuse profonde, plus connue sous le nom de phlébite des membres inférieurs et du pelvis. Le caillot formé au niveau d’une veine profonde de la jambe peut remonter jusqu’au poumon et c’est l’embolie pulmonaire, potentiellement mortelle.

La maladie thromboembolique veineuse est en augmentation constante depuis 10 ans parmi les femmes enceintes. Sur près de 800 000 femmes ayant accouché en 2013, 1570 ont développé une maladie thromboembolique veineuse*. Trente femmes en sont décédées entre 2007 et 2009 en France.

Certaines femmes sont plus à risque que d’autres, du fait de l’âge de la grossesse. L’âge idéal se situe entre 20 et 25 ans. Or en France, la première grossesse survient à 29 ans et 7 mois et de plus en plus souvent tardivement. La prise antérieure d’une contraception œstroprogestative, la sédentarité, le surpoids et le tabac sont les autres facteurs de risque.

Insuffisance veineuse et thrombose veineuse profonde : ne pas confondre

L’insuffisance veineuse est l’autre maladie de la grossesse. La dilatation et le relâchement des veines contribuent à l’augmentation du volume sanguin et à la stagnation du sang dans les membres inférieurs. Cela déclenche une cascade de réactions inflammatoires responsables de symptômes bien connus : jambes lourdes, et douloureuses, œdèmes, varicosités et varices.

Contrairement à ce que l’on pense, l’insuffisance veineuse superficielle est définitive, même si les varices disparaissent après la grossesse !

Dr Christelle Charvet, gynécologue obstétricien (Lyon) : « Insuffisance veineuse et thrombose veineuse profonde sont deux pathologies liées mais bien distinctes. La première peut affecter les deux jambes, les veines superficielles comme profondes, provoquant des douleurs et une gêne fonctionnelle ainsi que des varices chez une femme sur trois avec des séquelles veineuses et cutanées.

Pour sa part, la thrombose veineuse profonde touche une seule jambe dans 90% des cas et uniquement les veines profondes, sans aucun symptôme dans deux cas sur trois. Elle concerne une femme sur mille environ et a pour conséquences dramatiques une embolie pulmonaire et un syndrome post-thrombotique (détérioration importante du réseau veineux). Douleur au mollet, rougeur, chaleur sont des signes d’appel, mais souvent l’embolie pulmonaire ne prévient pas ».

9 mois de grossesse, 12 mois de risque veineux

La maladie thromboembolique veineuse est la seconde cause de mortalité pendant la grossesse après les hémorragies. Le risque couvre toute la durée de la grossesse, il est plus important au troisième trimestre. Il est maximal pendant la première semaine après l’accouchement et reste présent jusqu’à trois mois post-partum.

Pour limiter le risque de phlébite et d’embolie pulmonaire, trois moyens de prévention existent :

  • L’exercice physique régulier dont la marche qui stimule le retour veineux.
  • Encore trop méconnue du grand public et même des soignants, la compression est la seule solution non médicamenteuse qui réduit de 66% ce risque thromboembolique**. Le port de produits de compression (des chaussettes au collant) augmente le reflux sanguin au niveau de la cheville. Outre le confort vis-à-vis de l’insuffisance veineuse (diminution de la sensation de jambes lourdes et des œdèmes par action sur la microcirculation sanguine), la compression dégressive de la cheville vers le mollet au moyen d’un tissu élastique facilite le retour veineux de façon mécanique. Cela réduit la stase veineuse dans les membres inférieurs, responsable de la maladie thromboembolique, et lutte contre la déformation de la veine.
  • Les médicaments anticoagulants. Conjointement à la compression, certaines femmes doivent recevoir des anticoagulants injectables (héparine de bas poids moléculaire : HBPM). Il s’agit de celles ayant déjà fait soit une phlébite, soit une hémorragie du post-partum, sont en immobilité complète prolongée ou ont une prédisposition aux thromboses (thrombophilie asymptomatique) etc.

Chaussettes, bas ou collant de compression aussi efficaces sur le risque veineux

La compression médicale doit être prescrite à toutes les femmes enceintes, a fortiori si elles doivent rester alitées. Un dispositif de compression de classe 2 (15-20 mmHg de pression) est suffisant pour la plupart des femmes mais il doit être de classe 3 (20-26 mmHg) voire 4 (>36 mmHg) en cas d’antécédents veineux.

Selon la Haute Autorité en Santé (HAS, 2010), des bas de classe 2 doivent être portés pendant toute la durée de la grossesse. Mais la compression médicale, c’est aussi après l’accouchement ! Idéalement six semaines après (six mois en cas de césarienne) selon la HAS, avec pour objectif principal de prévenir la thrombose veineuse profonde. En 2015, le Collège National des Gynécologues et des Obstétriciens Français (CNGOF) est allé dans le même sens, préconisant en plus l’administration d’un anticoagulant injectable (HBPM) pendant au moins sept jours conjointement à la compression chez les femmes présentant des facteurs de risque (antécédent de phlébite, consommation de tabac, obésité ou césarienne faite en urgence).

Dr Christelle Charvet : « Bas, collant ou simples chaussettes, l’efficacité sur le risque veineux est identique. Ils sont à enfiler le matin après la douche pour toute la journée, et non pas le soir ou lorsque les jambes se font lourdes ou douloureuses. Les produits de compression sont des dispositifs médicaux (directive 93/42 CE). Ils doivent être prescrits par le médecin spécialiste (gynécologue, médecin vasculaire…), la sage-femme ou le médecin généraliste et remboursés, sur la base de 60% puis de 100% à partir de six mois de grossesse. Les mutuelles peuvent assumer une partie du reste à charge ».

Le pharmacien ou le médecin doivent prendre les mesures de la patiente, comme le tour de cheville et la hauteur entre le sol et sous le genou. Plusieurs prescriptions sont possibles tout au long de la grossesse. Et parce que la clé de la prévention est l’observance, les produits de compression médicale se sont mis à la mode et adaptés aux saisons.

E-santé

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